En bref
- Les valeurs sont des croyances stables qui guident nos choix, souvent sans qu’on en ait conscience.
- La recherche en distingue 10 grandes familles, de l’autonomie à la tradition.
- Nommer ses valeurs ne suffit pas : l’essentiel est de savoir comment on les vit, avec ses propres mots.
Qu’est-ce qu’une valeur ?
Les valeurs sont des croyances stables, profondément ancrées, sur ce qui est important pour nous. Elles guident nos choix, nos comportements, notre façon d’être avec les autres. Elles nous servent aussi à juger : une situation, une personne, nos propres actes. Et la plupart du temps, elles agissent sans que nous en ayons conscience.
On distingue deux types de valeurs :
- les valeurs héritées, acquises pendant l’enfance, souvent transmises par la famille ou l’école ;
- les valeurs construites, celles que l’on a faites siennes en expérimentant la vie.
Quand nous vivons en accord avec nos valeurs, nous nous sentons en paix avec nous-mêmes et notre vie a du sens. Quand nous sommes en conflit avec elles, apparaissent la confusion, la frustration et le stress.
Les 10 grandes familles de valeurs
Le psychologue Shalom Schwartz a étudié les valeurs de dizaines de milliers de personnes, dans plus de 80 pays. Il en dégage 10 grandes familles, présentes dans toutes les cultures. Ce qui change d’une personne à l’autre, c’est leur ordre de priorité.
- Autonomie penser et agir par soi-même, choisir, créer, explorer.
- Stimulation la nouveauté, le défi, ce qui rend la vie intense.
- Hédonisme le plaisir, savoir profiter de la vie.
- Réussite réussir grâce à ses compétences, et que ce soit reconnu.
- Pouvoir le statut, l’influence, la maîtrise des ressources.
- Sécurité la stabilité, la sûreté, l’harmonie de sa vie et de ses relations.
- Conformité respecter les règles et les attentes, ne pas blesser les autres.
- Tradition honorer les coutumes, la culture, ce qui nous a été transmis.
- Bienveillance prendre soin du bien-être de ses proches.
- Universalisme la justice, la tolérance, la protection de tous et de la nature.
Dans chaque famille se rangent des valeurs plus précises : la liberté et la créativité du côté de l’autonomie, l’honnêteté et la loyauté du côté de la bienveillance, l’équité du côté de l’universalisme…
Une même valeur, deux façons de la vivre
Nommer ses valeurs est un premier pas. Mais un mot comme « respect » ne dit presque rien tant qu’on ne sait pas ce qu’il recouvre pour soi. Car une même valeur peut s’exprimer de façons très différentes, au point de créer des conflits entre deux personnes qui la partagent.
Prenons deux collègues d’une même équipe. Pour toutes les deux, le respect est une valeur essentielle.
Pour la première, le respect, c’est le vouvoiement.
Le tutoiement au travail la heurte. Elle le vit comme un manque de considération, et le reproche à sa collègue.
Pour la seconde, le respect, c’est la ponctualité.
Être à l’heure aux rendez-vous, aux réunions, aux entretiens. Les retards répétés de sa collègue l’exaspèrent.
Chacune trouve que l’autre manque de respect. Elles ont pourtant la même valeur ; elles ne l’incarnent simplement pas de la même façon. Le conflit ne porte pas sur la valeur, mais sur sa traduction concrète.
C’est pourquoi il faut aller un pas plus loin : se demander comment, avec ses propres mots, cette valeur s’exprime dans sa vie. À quoi je reconnais qu’elle est honorée ? Qu’est-ce qui la blesse ? C’est d’ailleurs une question que je pose très souvent en accompagnement : « Le respect, pour vous, concrètement, ça ressemble à quoi ? » La réponse en dit souvent plus que le mot lui-même.
Pourquoi nos valeurs s’effacent si facilement
Les valeurs sont vite écrasées par les contraintes du quotidien : le sens du devoir, l’argent, le stress, les problèmes. Bien qu’elles soient profondément ancrées en nous, elles se comportent un peu comme des tortues : elles ne sortent la tête que lorsqu’elles ne sentent aucun danger. Et comme ces contraintes occupent l’essentiel de nos journées, la tortue rentre souvent la tête.
Ne pas confondre valeurs et besoins
Quand nos besoins sont très forts, ils font de l’ombre à nos valeurs, et tout devient confus. La différence est pourtant nette :
- Le besoin vient de l’extérieur, on cherche à l’amener à soi. Il est ponctuel, et disparaît une fois satisfait.
- La valeur vient de l’intérieur, on l’honore par ses actes. Elle s’exprime dans tous les domaines de la vie, et ne disparaît pas.
Pour aller plus loin : les besoins fondamentaux.
Comment identifier ses valeurs, en 5 étapes
- Repérez vos moments de fierté. Pensez à trois moments où vous vous êtes senti pleinement vous-même. Qu’est-ce qui était honoré, à ce moment-là ?
- Repérez vos colères. Pensez à ce qui vous agace ou vous révolte, au travail comme ailleurs. Derrière une colère, il y a souvent une valeur bafouée.
- Faites le tri. Avec les 10 familles ci-dessus, notez une dizaine de valeurs qui vous parlent, puis gardez les 3 à 5 qui comptent le plus.
- Définissez-les avec vos mots. Pour chacune : « concrètement, à quoi je reconnais qu’elle est respectée ? Et qu’est-ce qui la blesse ? » C’est l’étape qui transforme un mot en boussole.
- Confrontez-les à votre quotidien. Notez de 0 à 10 combien chaque valeur est honorée aujourd’hui, dans votre travail et dans le reste de votre vie. Les écarts montrent où agir.
Quand nos valeurs se contredisent
Schwartz a montré que certaines familles de valeurs s’opposent : l’autonomie et la stimulation tirent vers le changement, la sécurité, la conformité et la tradition vers la stabilité. La réussite et le pouvoir tirent vers soi, la bienveillance et l’universalisme vers les autres.
Nous portons tous des valeurs qui tirent dans des sens opposés. Envie de se lancer à son compte, mais besoin de stabilité : c’est l’autonomie qui rencontre la sécurité. Ce n’est pas un défaut, mais c’est souvent ce qui rend un choix si difficile. Savoir laquelle passe en premier, ici et maintenant, permet de trancher.
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Les valeurs au travail : reconnaître un conflit de valeurs
Un travail qui « ne nous ressemble plus » cache souvent un conflit de valeurs. Quelques signes qui doivent alerter :
- une fatigue qui ne passe pas, même après des vacances ;
- du cynisme, ou l’impression de faire semblant ;
- le sentiment de trahir quelque chose d’important, sans savoir dire quoi ;
- des agacements répétés envers les mêmes collègues, parfois sur une valeur que vous partagez, mais que vous ne vivez pas de la même façon.
Le conflit ne veut pas toujours dire qu’il faut changer de métier. Parfois, c’est l’environnement qui ne convient plus, ou la façon de travailler. Clarifier ses valeurs, et ce qu’elles veulent dire pour soi, est d’ailleurs une étape centrale d’un bilan de compétences : c’est ce qui permet de choisir une voie qui tienne dans la durée.
Les valeurs professionnelles les plus citées
Les valeurs professionnelles sont vos valeurs, appliquées au travail : ce qui doit être respecté pour que vous vous y sentiez à votre place. Celles qui reviennent le plus souvent : l’autonomie, la reconnaissance, la sécurité, la coopération, l’utilité, l’apprentissage, l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, l’éthique, la créativité et le défi.
Une liste ne dit pas grand-chose : ce qui compte, c’est ce que chaque mot veut dire pour vous. « Autonomie » peut vouloir dire organiser son temps, choisir ses projets, ou ne rendre de comptes à personne. C’est pour cela que, dans le bilan YUMAN, les valeurs font l’objet d’une activité à part entière.
Répondre à « Quelles sont vos valeurs professionnelles ? »
La question revient souvent en entretien. Choisissez deux ou trois valeurs, pas plus, et illustrez chacune par une situation vécue : ce que vous avez fait, et pourquoi c’était important pour vous. Une valeur racontée convainc bien plus qu’une valeur affichée. Et si l’entreprise ne la partage pas, mieux vaut le savoir avant de signer.
Questions fréquentes
Combien de valeurs faut-il retenir ?
Trois à cinq. Au-delà, elles se diluent et ne servent plus de boussole. Les autres comptent aussi, mais ce sont celles-là qui doivent peser quand il faut choisir.
Les valeurs peuvent-elles changer avec le temps ?
Elles sont stables, mais leur ordre de priorité évolue avec les grandes étapes de la vie : devenir parent, traverser une épreuve, changer de métier. Et la façon dont on les exprime évolue aussi. C’est souvent ce glissement qui crée un décalage avec un travail qui convenait jusque-là.
Sources
Schwartz, S. H. (1992). Universals in the content and structure of values. Advances in Experimental Social Psychology, 25, 1-65.
Schwartz, S. H. et al. (2012). Refining the theory of basic individual values. Journal of Personality and Social Psychology, 103(4), 663-688.





