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Congé de reclassement : avantages, inconvénients et cas des seniors

Le congé de reclassement vous laisse 8 jours pour décider. Ce qu’il apporte, ce qu’il coûte, quand le refuser, et ce qui change après 50 ans.

Arnaud Baraër

Par

Coach carrière et consultant en bilan de compétences

Homme d'environ 55 ans assis sur une chaise en bois, des feuilles sur les genoux, le regard au loin, devant un mur terracotta éclairé par la lumière d'une fenêtre

En bref

  • Le congé de reclassement est proposé, dans la lettre de licenciement, à tout salarié licencié pour motif économique dans une entreprise ou un groupe de 1 000 salariés et plus, sans condition d’âge ni d’ancienneté : le salarié a 8 jours pour répondre.
  • Il dure de 4 à 12 mois, jusqu’à 24 mois pour une formation de reconversion : le salaire pendant la période de préavis, puis une allocation mensuelle d’au moins 65 % de la rémunération brute, payée par l’employeur.
  • Avantages : du temps, une cellule d’accompagnement, des formations financées. Inconvénients : l’ancienneté s’arrête au préavis pour l’indemnité de licenciement, pas de congés payés au-delà, des engagements à tenir.
  • Après 50 ans, il laisse au salarié le temps de préparer la suite sans entamer les droits au chômage, examinés à la fin du congé.

Votre lettre de licenciement pour motif économique vous propose un congé de reclassement : 8 jours pour répondre. Ce dispositif garde les salariés licenciés dans l’entreprise plusieurs mois, avec un accompagnement et des formations payés par l’employeur. Voici comment il fonctionne, ce que le salarié y gagne, ce qu’il y perd, et ce qui change après 50 ans.

Licenciement tout juste annoncé ? Voyez d’abord que faire après un licenciement économique.

Qu’est-ce que le congé de reclassement ?

Prévu par l’article L1233-71 du Code du travail, le congé de reclassement permet au salarié licencié pour motif économique par une grande entreprise de bénéficier d’actions de formation professionnelle et d’une aide à la recherche d’emploi, assurée par une cellule d’accompagnement. L’employeur finance l’ensemble du dispositif, pendant toute la période du congé.

Qui peut en bénéficier, et dans quelles entreprises ?

C’est une obligation pour les entreprises, établissements ou groupes d’au moins 1000 salariés, y compris les groupes de dimension européenne ; l’effectif est apprécié en moyenne sur les 12 mois qui précèdent la procédure (ministère du Travail). Tout salarié licencié économique dans ces entreprises peut en bénéficier : « Aucune condition (âge, ancienneté, nombre de licenciements, etc.) n’est exigée », précise service-public.gouv.fr.

Deux cas à part pour les salariés : en redressement ou en liquidation judiciaire, c’est le contrat de sécurisation professionnelle qui s’applique, quelle que soit la taille de l’entreprise ; sous 1 000 salariés, le congé de reclassement n’existe que si le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) le prévoit.

Comment le congé vous est-il proposé ? 8 jours pour répondre

L’employeur informe chaque salarié des conditions de mise en œuvre du congé (objet, prestations, statut, rémunération) à l’entretien préalable ou, en cas de licenciement collectif, après la dernière réunion du CSE (comité social et économique). La proposition au salarié figure ensuite dans la lettre de licenciement. Délais de notification et conditions d’acceptation :

  • le délai de réponse est de 8 jours calendaires à compter de la notification de la lettre ;
  • aucune forme n’est imposée, mais une lettre recommandée ou remise en mains propres contre décharge évite les litiges ;
  • sans réponse dans ce délai, c’est un refus, et le préavis court à partir de la première présentation de la lettre ;
  • si le salarié accepte, le congé de reclassement débute à la fin des 8 jours.

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Comment se passe un congé de reclassement ?

Trois temps : un entretien pour définir le projet, un document qui fixe le contenu du congé, puis les actions de reclassement jusqu’à la date de fin, pour une durée connue d’avance.

Étapes du congé de reclassement : lettre de licenciement, 8 jours pour répondre, entretien d'évaluation et d'orientation, document signé sous 8 jours, actions de reclassement, fin du congé ; salaire pendant le préavis puis allocation d'au moins 65 %
Les étapes du congé de reclassement. Touchez l’image pour l’agrandir.

L’entretien d’évaluation et le document à signer

Le congé de reclassement s’ouvre par un entretien d’évaluation et d’orientation avec la cellule de reclassement, pour définir le projet professionnel de reclassement du salarié. Si ce projet reste flou, la cellule l’informe de la possibilité d’un bilan de compétences, réalisé par un organisme agréé et payé par l’employeur : sa place dans le parcours est détaillée dans notre page bilan de compétences après un licenciement.

L’employeur remet ensuite au salarié un document formalisant le congé. Selon l’article R. 1233-28, il précise :

  • le terme du congé ;
  • les prestations de la cellule d’accompagnement ;
  • les actions de formation ou de validation des acquis de l’expérience (VAE), et le nom des organismes ;
  • l’obligation de donner suite aux convocations de la cellule ;
  • la rémunération versée au-delà du préavis ;
  • les engagements du salarié et les conditions de rupture du congé.

Le salarié a un délai de 8 jours pour le signer ; sans signature, l’employeur met fin au congé de reclassement. C’est la feuille de route du salarié pour les mois qui viennent : lisez-le ligne par ligne, et demandez à ce moment la formation qui sert votre projet.

La cellule d’accompagnement, la formation et la VAE

La cellule de reclassement est tenue par un prestataire extérieur choisi par l’employeur, après consultation du CSE, ou par des salariés qu’il désigne. Elle assure un accompagnement personnalisé : CV, préparation aux entretiens, recherche d’offres (ministère du Travail). Le salarié peut aussi suivre une formation professionnelle ou une VAE, pour la reconnaissance des compétences acquises par l’expérience.

Quelle est la durée du congé de reclassement ?

L’employeur fixe la durée du congé de reclassement après consultation du CSE, selon les résultats de l’entretien d’évaluation ou du bilan de compétences :

  • de 4 à 12 mois en principe, moins de 4 mois seulement avec l’accord exprès du salarié ;
  • jusqu’à 24 mois en cas de formation de reconversion professionnelle ;
  • au moins la durée de la formation ou de la VAE, dans la limite de 12 mois.

Le congé de reclassement commence pendant la période de préavis, que le salarié est dispensé d’effectuer. Si la durée du congé dépasse celle du préavis, la fin du préavis est reportée au terme du congé : c’est à cette date que le contrat est rompu.

Comment le congé prend fin

Le plus souvent, à la date prévue, au bout de la durée fixée. Il peut aussi s’arrêter plus tôt, par une rupture anticipée :

  • le salarié retrouve un emploi : il prévient l’employeur par lettre recommandée ou remise contre récépissé, avant l’embauche, en indiquant sa date ; la date de présentation de la lettre fixe la fin du congé ;
  • le salarié ne suit pas les actions prévues sans motif légitime : l’employeur lui adresse une mise en demeure avec un délai, puis lui notifie la fin du congé de reclassement (article R. 1233-34).

À la fin du contrat, l’employeur remet au salarié le certificat de travail, l’attestation France Travail et le reçu pour solde de tout compte, et verse l’indemnité de licenciement et, s’il reste des jours, l’indemnité compensatrice de congés payés.

Quelle rémunération pendant le congé de reclassement ?

La rémunération pendant le congé de reclassement est entièrement à la charge de l’employeur. Elle change de nature à la fin de la période de préavis :

Pendant le préavisAu-delà du préavis
MontantLe salaire habituelAu moins 65 % de la rémunération brute moyenne des 12 derniers mois, jamais moins de 1 586,96 € (85 % du Smic)
PrélèvementsCotisations habituellesPas de cotisations sociales ; CSG à 6,2 % et CRDS à 0,5 %, après abattement de 1,75 %
Congés payésAcquisNon acquis
Avantages en natureMaintenusNon maintenus (véhicule de fonction, par exemple)

Exemple fictif : avec une rémunération brute moyenne de 3 000 € par mois, l’allocation mensuelle est d’au moins 1 950 € brut, soit environ 1 820 € après CSG et CRDS. Pour les salariés à temps partiel pendant un congé parental ou de proche aidant, le calcul se fait sur un temps plein. Chaque mois, le bulletin de paie détaille le montant et le calcul (service-public.gouv.fr).

Quels sont les avantages du congé de reclassement ?

Du temps, payé par l’employeur

Une durée qui peut atteindre 12 mois, voire 24, pendant laquelle le salarié reste dans l’entreprise, avec une rémunération versée par elle. L’allocation chômage ne commence qu’après la rupture du contrat : le congé ne consomme pas les droits du salarié.

Un accompagnement personnalisé et des formations financées

La cellule suit le salarié pendant tout le congé de reclassement, et l’employeur paie les formations, la VAE ou le bilan de compétences : le salarié n’avance rien. De quoi bâtir un projet choisi, plutôt que chercher le même poste par défaut.

Travailler pendant le congé sans le perdre

Le salarié peut travailler pour tout employeur, sauf un particulier, en CDD renouvelable une fois ou en intérim. La suspension du congé couvre la durée de ces périodes de travail, puis le congé de reclassement reprend, et l’employeur peut en reporter la fin d’autant. De quoi essayer un métier sans renoncer au reste du congé.

Quels sont les inconvénients du congé de reclassement ?

L’ancienneté s’arrête au préavis pour l’indemnité de licenciement

Congé de reclassement et indemnité de licenciement se cumulent, avec une limite : la période qui dépasse la durée normale du préavis n’est pas prise en compte dans l’ancienneté retenue pour calculer l’indemnité. Huit mois de congé au-delà du préavis n’augmentent donc pas son montant, versé à la fin du congé.

Moins de droits une fois le préavis passé

En plus de la baisse de revenu et des congés payés perdus (voir le tableau), la durée du congé est fixée par l’employeur, pas par le salarié : vérifiez qu’elle laisse le temps à la formation envisagée.

Des engagements à tenir

En acceptant, le salarié s’engage à se rendre aux convocations de la cellule et à suivre les actions du document signé ; sinon, le congé peut être rompu (voir « Comment le congé prend fin »).

Congé de reclassement senior : ce qui change après 50 ans

Aucune condition d’âge pour les salariés, et des trimestres de retraite validés

Le congé de reclassement est ouvert aux salariés de tout âge, et le salarié conserve « ses droits en matière d’assurance sociale, d’accidents du travail et d’assurance vieillesse pendant toute la durée du congé » (ministère du Travail). Au-delà du préavis, l’allocation permet de valider des trimestres « assimilés » pour la retraite de base : un trimestre par tranche de 50 jours de congé dans l’année civile, quatre au plus (Assurance retraite, circulaire du 16 juin 2022). Comme elle n’est pas soumise aux cotisations, demandez à votre caisse de retraite complémentaire ce que cette période vous rapporte.

À la fin du congé : France Travail et vos droits au chômage

À la fin du contrat, le salarié s’inscrit à France Travail : l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) est versée si le salarié en remplit les conditions. France Travail reconstitue le salaire de la période de congé de reclassement, « sous réserve de la transmission des justificatifs » (Unédic) : gardez vos bulletins. La durée d’indemnisation dépend de l’âge « à la date de fin du contrat de travail » (règlement d’assurance chômage, article 9) : le contrat ne prenant fin qu’au terme du congé, c’est l’âge à ce moment qui compte. Les plafonds après 55 et 57 ans sont dans notre article licenciement économique ou rupture conventionnelle.

Un temps plus long, à employer pour un projet

Pour les salariés cadres seniors, la recherche d’emploi dure souvent plus longtemps : selon l’Apec et France Travail, 26 % des demandeurs d’emploi cadres de 50 ans et plus ont connu au moins 12 mois de chômage sur les 15 derniers mois, 9 points de plus que la moyenne des cadres, et neuf sur dix estiment que leur âge les désavantage.

[L’accompagnement des cadres seniors] implique à la fois la valorisation de l’expérience, l’ajustement au marché, et bien souvent une évolution du projet professionnel.

Apec et France Travail, Portrait statistique des demandeurs d’emploi cadre seniors, janvier 2026

D’où l’intérêt de trancher tôt : retrouver un poste proche, ou changer de métier avec une formation professionnelle longue qui peut porter le congé à 24 mois. Pour les projets de reconversion après 50 ans, voyez notre guide de la reconversion à 50 ans.

Pourquoi refuser un congé de reclassement ?

Refuser est un droit des salariés. Le préavis se déroule alors normalement, puis le salarié demande l’ARE s’il en remplit les conditions ; des mesures d’évaluation des compétences professionnelles et d’accompagnement restent possibles (ministère du Travail).

Sur le plan financier, le refus est rarement gagnant. Au-delà du préavis, l’allocation du congé vaut au moins 65 % du brut, quand l’ARE vaut, pour un salaire comme celui de l’exemple, 57 % du salaire journalier brut (Unédic). Exemple fictif, pour 3 000 € brut : environ 1 950 € par mois en congé, contre environ 1 710 € d’ARE, avant prélèvements ; et le congé de reclassement ne consomme pas les droits au chômage du salarié. Accepter n’empêche pas non plus de partir pour un emploi dans une autre entreprise. Restent deux cas où le salarié peut préférer refuser :

  • un emploi commence dès la fin du préavis, et le salarié ne veut pas des démarches liées au congé ;
  • le salarié ne pourra pas suivre les actions prévues (déménagement, projet personnel), ce qui l’exposerait à une rupture du congé.

Le taux de 65 % est un minimum légal et la durée est choisie par l’employeur : le plan de sauvegarde de l’emploi peut prévoir mieux. Lisez-le, et vérifiez votre cas avec les représentants du personnel ou un conseiller avant la fin des 8 jours.

Congé de reclassement et CSP : quelle différence ?

Le CSP, l’autre dispositif du licenciement économique, concerne les salariés licenciés des entreprises de moins de 1 000 salariés ou en redressement ou liquidation : contrat rompu sans préavis, 12 mois d’accompagnement par France Travail, allocation de sécurisation professionnelle. Le congé de reclassement garde le salarié dans l’entreprise, et l’employeur paie. Le détail : notre article sur les avantages et inconvénients du CSP.

Questions fréquentes

Quel est le statut du salarié en congé de reclassement ?

Les salariés en congé de reclassement restent dans les effectifs de l’entreprise jusqu’au terme du congé : le contrat de travail est suspendu, la protection sociale est maintenue, et la rupture n’intervient qu’à la fin du congé.

Que se passe-t-il en cas d’arrêt maladie ou de congé maternité ?

La suspension en cas de maladie n’interrompt pas l’allocation : elle continue, diminuée des indemnités journalières. Un congé maternité, paternité ou d’adoption suspend le congé de reclassement, qui reprend ensuite pour la période restante.

Peut-on prendre des congés pendant un congé de reclassement ?

Les salariés n’acquièrent pas de congés payés au-delà du préavis, mais l’employeur peut autoriser des absences, précisées dans le document signé. Les congés acquis avant peuvent être pris avant l’entrée en congé de reclassement.

Que faire si l’employeur ne propose pas le congé de reclassement ?

S’il y était tenu, le salarié peut exercer un recours au conseil de prud’hommes pour obtenir une indemnisation.

Le congé de reclassement donne du temps et des moyens ; ce qu’il coûte se lit dans le document à signer. Bien rebondir, c’est décider dans les 8 jours en connaissance de cause, puis employer ces mois pour un projet choisi. Le bilan de compétences YUMAN se fait à distance, en environ 3 mois, et se finance surtout par le CPF.

Sources
Service-public.gouv.fr, congé de reclassement du salarié (vérifié le 1er juin 2026). Ministère du Travail, le congé de reclassement (3 juillet 2025).
Code du travail, articles L. 1233-71 à L. 1233-76 et R. 1233-17 à R. 1233-36.
Unédic, fiches salaire de référence (13 octobre 2026) et ARE (5 octobre 2026), règlement d’assurance chômage. Assurance retraite, circulaire Cnav 2022-14. Apec et France Travail, portrait statistique des demandeurs d’emploi cadre seniors (janvier 2026). Consultés le 1er novembre 2026.

Arnaud Baraër, coach carrière et consultant en bilan de compétences

L’auteur

Arnaud Baraër

Coach professionnel certifié (ICI Genève, titre RNCP niveau 6, référentiel ICF), formé à la conduite du bilan de compétences. Il a lui-même changé de voie cinq fois, et accompagne aujourd’hui celles et ceux qui ne savent plus par où commencer.

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